Soutenir les victimes de diffusion non consentie d’images intimes
La diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel s’inscrit dans le champ des violences sexuelles numériques. Cela consiste à diffuser des images, vidéos ou enregistrements à caractère sexuel sans le consentement de la personne concernée.
Ces contenus peuvent être diffusés via des messageries privées (comme WhatsApp), des réseaux sociaux ou des sites web, y compris des plateformes pornographiques. Le simple fait de partager, transférer ou montrer ces contenus à une autre personne constitue déjà une forme de diffusion non consentie.
Cette situation est parfois désignée sous le terme de revenge porn, bien que l’Institut privilégie l’expression “diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel” ou NCII (non-consensual intimate images), plus précise et moins réductrice.
Dans certains cas, ces contenus peuvent également être exploités à des fins commerciales, notamment via des sites ou forums où l’accès est payant.
En savoir plus sur les violences sexuelles en ligne
Depuis mai 2020, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes est désigné pour venir en aide aux victimes de diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel. Depuis lors, le nombre de signalements reçus par l'Institut ne cesse d'augmenter.
Une réalité largement sous-estimée
Une étude récente de l’Institut, Violence numérique dans le cadre du dating et des relations (ex‑)partenariales en Belgique, a mis en lumière l’ampleur du phénomène.
Parmi les principaux résultats :
- 17 % des personnes interrogées déclarent avoir été confrontées à la diffusion non consentie de contenus intimes par un·e (ex-)partenaire ;
- moins de 3 % des victimes déclarent les faits à la police, notamment en raison de la peur des conséquences, des menaces ou du manque de reconnaissance perçue des faits ;
- À titre de comparaison, une enquête menée par l’Institut en 2021 indiquait que 1 % des personnes interrogées déclaraient avoir vécu une situation similaire, ce qui illustre à la fois une meilleure prise de conscience et une évolution du phénomène.
Des conséquences lourdes pour les victimes
La diffusion non consentie d’images intimes peut entraîner des conséquences importantes : atteintes à la vie privée, détresse psychologique, anxiété, honte, isolement social ou difficultés professionnelles et relationnelles.
Le fait que ces violences se déroulent en ligne n’en réduit en rien la gravité. Elles constituent une atteinte à la dignité, à la vie privée et à l’intégrité des personnes concernées.
L’Institut dispose d’un listing de professionnel·le·s de l’aide aux victimes de violences sexuelles en ligne. N’hésitez pas à nous contacter pour obtenir des conseils.
Ce type de problématique ne disparaîtra pas de lui-même dans les années à venir. Les technologies deviennent de plus en plus accessibles, les abus peuvent être commis de manière toujours plus discrète et les images peuvent se diffuser à une vitesse fulgurante. C’est pourquoi il est crucial que l’ensemble des acteur·rice·s impliqué·e·s dans la lutte contre ces formes de violence — de la police et de la justice aux services d’aide et d’accompagnement — disposent des moyens, des compétences et de la formation nécessaires pour protéger et soutenir efficacement les victimes.
Michel Pasteel, Directeur de l'Institut
Évolutions juridiques récentes
Plusieurs décisions de justice récentes ont rappelé la gravité de ces faits et la responsabilité des plateformes dans la lutte contre la diffusion de contenus illicites.
En 2024, la justice belge a condamné le créateur de sites dits de « revenge porn », qui encourageaient la diffusion d’images intimes de partenaires prétendument infidèles, à leur insu. Ces sites utilisaient notamment des mots-clés explicites tels que « mywifeexposed ».
En 2026, une juridiction belge a condamné la société Twitter International Unlimited Company, exploitante de la plateforme X, en raison de manquements liés au retrait rapide de contenus à caractère sexuel diffusés sans consentement.
Des évolutions positives sont également à signaler en matière de politique criminelle. La circulaire COL 13/2025 du Collège des procureurs généraux accorde une attention accrue aux violences sexuelles numériques et souligne l’importance d’une intervention rapide de la police et de la justice. Cette approche est essentielle pour mieux protéger les victimes, limiter la diffusion de contenus préjudiciables et offrir un accompagnement adapté dès les premiers signalements.
Quelle aide l’Institut apporte-t-il aux victimes ?
L’Institut propose un accompagnement global aux victimes de diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel :
- des informations claires sur leurs droits et les démarches possibles ;
- un portail d’aide, qui apporte un premier soutien et des outils concrets. On y retrouve par exemple un manuel pratique indiquant comment retirer les images soi-même, ou des conseils pour reconnaître les violences sexuelles en ligne.
- un accompagnement dans les démarches juridiques, comme le dépôt de plainte ou le suivi d’un dossier ;
- une orientation vers un soutien psychologique et des services d’aide spécialisés (aide aux victimes, maisons de justice, Télé Accueil, etc.) ;
- une aide pour faire retirer les images en ligne, un processus souvent éprouvant pour les victimes. L’Institut informe sur les outils existants, comme StopNCII, et peut accompagner les victimes dans les démarches à entreprendre. Depuis juillet 2026, l'Institut est désigné comme signaleur de confiance (trusted flagger) reconnu dans le cadre du Digital Services Act (DSA). Grâce à cette désignation officielle, l’Institut peut désormais faire traiter en priorité ses signalements par les plateformes en ligne.